Fleurir la planète ?

Mais pourquoi, nous, les modestes jardiniers voulons-nous un jardin ? Le savoir, la politique, la mise en scène de notre pouvoir et de notre rang social, de notre bon goût ? Aujourd'hui, la préoccupation du siècle naissant reste de jardiner au naturel et de contribuer entre fleurs et pelouse à préserver la planète. Le jardin des villes est public, il se doit désormais de montrer l'exemple avec des traitements écologiques. Des étiquettes appropriées indiquent aux promeneurs et aux familles que l'entretien du jardin est bien sans herbicides et pesticides. Le jardin de campagne est privé et personne - à part celui qui l'entretient - ne lit les étiquettes des désherbants à tête de mort ... Personne ne sait donc ce qui se passe dans les huis clos du jardin. Sauf que la planète est en danger d'asphyxie ainsi que le montrent, démontrent, affirment scientifiques, politiques et médias. Et il faudrait avoir des intentions assassines pour utiliser des choses qui nuiraient au sol, au ruissellement des eaux, aux nappes phréatiques, aux petits oiseaux. Depuis l'origine humaine ne s'agirait-il que d'une question de choix ? La tendance est plutôt à faire renaître la Terre, belle et verte, grâce au sarcloir et au semoir des hommes jardiniers. La construction sociale des jardins n'a pas fini de nous surprendre.

Extrait de Petite philosophie du jardinier de Martin Laffon - Editions Milan